top of page

Vivre à Quidi Vidi

sur  l'île de Terre-Neuve

le monde de Litill
Le monde de Litill by Many Pops

On dit souvent que c’est le vent d’Est qui porte les changements.
Il y a quelques nuits, une étrange rafale a soufflé très fort sur le village de Brocéliande.
Comme ce fut le cas jadis pour beaucoup de Bretons*, tout le monde s’est retrouvé entraîné vers l’Ouest, à des milliers de kilomètres.
C’est comme ça que le village a atterri (par chance pour ses habitants) au bord de la mer d’une merveilleuse terre. Une nouvelle terre. Toute la famille de Litill, ses amis et ses voisins (même le facteur qui, cette nuit-là, avait dormi chez un ami du village car il venait de faire la fête), se sont réveillés avec un gros tas d’ours étranges à la porte (pas facile à déblayer) et une montagne de neige sur le paillasson. Sans parler des grands écureuils, lynx, loups et autres caribous… et d’un décalage horaire. Je vous laisse imaginer la pagaille !
Au moment où je vous écris, le maire Bober est en train de faire le nécessaire pour organiser ce changement de taille et, dans un conseil municipal extraordinaire, il a changé le nom du village. Désormais, nos amis habitent à Quidi Vidi, un vieux port de pêcheurs à côté de St. John’s, à Terre-Neuve.
Ils ne tarderont pas à donner de leurs nouvelles, et ils ont chargé Litill et ses amis de vous tenir au courant de ce qui se passera au village.
Il ne me reste qu’à vous souhaiter bonne découverte pour la suite de cette balade dans « Le Monde de Litill ».

​

Votre fidèle

Many Pops

​

Note importante

  • Il faut savoir que beaucoup de Bretons se sont un jour réveillés ici, au bout du monde ! Certains sont rentrés, pestant comme des damnés contre le vent d’Est et ses bêtises, d’autres ont relevé le défi du destin. Ils sont restés pour réaliser un monde où leur culture pouvait se fondre et donner vie à quelque chose de magnifique avec ce qui existait déjà ici, avant eux, depuis la nuit des temps.

** Le drapeau de Terre-Neuve-et-Labrador a été conçu par l’artiste Christopher Pratt et a été adopté par une loi de la législature sanctionnée en 1980. Le blanc symbolise la neige et la glace, le bleu la mer, le rouge le labeur des humains, et l’or la confiance en l’avenir.

drapeau Terreneuve Newfoundland and Labrador Flag Terre-Neuve-et-Labrador  Terranova  Canada
Le monde de Litill by Mmany Pops by Many Pops Quidi Vidi Terreneuve Newfoundland and Labrador Canada
Le monde de Litill by Many Pops Quidi Vidi Terreneuve Newfoundland and Labrador  Litill Bateau Litill Boat Canada
Le monde de Litill by Many Pops Quidi Vidi Terreneuve Newfoundland and Labrador Canada
Le monde de Litill by Many Pops Quidi Vidi Terreneuve Newfoundland and Labrador Canada
Screech-In , baiser de la morue" de Litill  Quidi Vidi Terreneuve Le Monde de Litill by Many Pops Newfoundland and Labrador Canada

Quidi Vidi

Le port où nous vivons est tout petit. En été, cette taille modeste permet à Litill d’emprunter sa petite barque, accompagnée de son frère, pour aller de leur maisonnette rouge, nichée au bord de l’eau, jusqu’à celle de Gamà, juste en face, de l’autre côté de la rive. Lors des journées ensoleillées, cette crique d’eau bleu cobalt ressemble à s’y méprendre à un véritable paradis.

Le village de Quidi Vidi est perché sur les rochers d’une petite cale qui se trouve sur une côte de l’île de Terre-Neuve, à quelques kilomètres seulement de la ville de St. John’s, la capitale.
Ici, tout paraît à la fois immense et petit. Immenses sont les étendues, infinis sont les horizons, et petites, parfois même minuscules, sont les maisons, tout comme notre port.

Quidi Vidi se blottit sur les rochers d’une crique qui, timidement, s’ouvre sur l’immensité de l’océan Atlantique. Non loin du village, juste en face de la baie où se trouve la maison de Gamà, se dresse la célèbre Quidi Vidi Brewery, une brasserie qui produit une bière d’exception à partir de l’eau pure des icebergs. De l’eau qui a traversé vingt-cinq mille ans d’histoire. Incroyable, n’est-ce pas ?

Ici, à Quidi Vidi, on prend la mer pour pêcher la morue, mais on s’aventure également en mer pour récolter les énormes morceaux d’icebergs qui dérivent lentement à l’horizon, tels de gigantesques sculptures de glace glissant devant nos fenêtres comme une lente procession maritime.

Quand un peuple possède la clairvoyance de choisir un artiste et non une agence de publicité pour dessiner son drapeau national, et lorsqu’il fait preuve d’une telle ingéniosité pour aller chercher des morceaux de glace des icebergs afin d’en faire l’une des bières les plus savoureuses de la planète, il ne peut être qu’un peuple exceptionnel.
Et je le confirme. Ici, personne n’a été surpris de voir débarquer tous ces Bretons. Bien au contraire, ils les ont aidés à ériger leurs maisons sur pilotis dans l’eau et, après les avoir fait embrasser la fameuse morue dans le pub le plus extraordinaire de St. John’s, ces Bretons sont tous devenus dignes habitants de Terre-Neuve.

Aujourd’hui, si vous jetez un œil aux images qui circulent de ce petit paradis, vous découvrirez des maisons colorées, adossées aux falaises.
Nous vivons tous ici maintenant : Litill, sa famille et ses amis. Nous avons fait de ce lieu notre maison.

Sur cette « Nouvelle Terre », dont la devise est « Quaerite primum regnum Dei » (Cherchez d’abord le Royaume de Dieu), peu importe en qui vous croyez. La mer est grande pour cela, et le ciel n’est qu’un prolongement de cet océan. Dans la vraie grandeur, il y a de la place pour tout le monde. C’est pour ça que cette immensité qui nous entoure dépasse, avec notre plus grand bonheur, toutes les limites humaines.

Mémoires des embruns

 

Quidi Vidi debut de l'été

​

Giovannino Cabotage
Une pincée d’histoire et les parfums

du jardin des simples

​

​

​

​

​

​

​

​

​

​

​

​

​

​

 

 

 

 

 

En ces journées qui commencent à être vraiment chaudes et ensoleillées, il m’est arrivé, au cours de mes brèves promenades au bord de la mer, de me trouver près de la maison de Litill. Son enthousiasme, si caractéristique de la fin d’un rude hiver, est plus que visible. Elle a déjà amarré sa petite barque de bois au ponton et l’a équipée de tout le nécessaire.

Hier, lorsque je passai par là, il était un peu plus tard que les jours précédents. Litill était donc déjà rentrée à la maison et se tenait à présent assise sur le quai, les petits pieds nus ballants. Comme toujours, elle nourrissait  l’espoir d’atteindre l’eau bleue du petit port.

— Pourquoi a-t-on appelé cette île Terre-Neuve ?
me demanda-t-elle dès qu’elle me vit.

— Peut-être parce que ces deux mots avaient un sens pour celui qui l’a découverte, à savoir : terre nouvelle trouvée, ou terre nouvellement découverte.

— Et qui l’a découverte ?

— Ce fut un navigateur italien du nom de Giovanni Caboto (Jean Cabot en français, ou John Cabot en anglais).

— Alors nous sommes en Italie, ici ?

— Non.

— Il me semble pourtant que ce Giovannino nous a laissé un petit quelque chose d’italien, tu sais ! D’où était-il ?

— Il semble qu’il soit né à Gênes. Il était génois. Il prit ensuite la citoyenneté vénitienne, puis s’en alla vivre en Angleterre.

— Ahhh… alors ce n’était pas un petit bonhomme tout calme, tout calme, ce Giovannino Cabotage ! Il ne se contentait pas, lui, de naviguer le long des côtes ! Et maintenant que j’y pense, je comprends pourquoi l’on trouve au magasin tant de petits pots de basilic !

J’aurais voulu lui expliquer que tout cela n’avait pas de sens, mais Litill se promenait déjà dans son monde. Elle se mit en effet à me raconter comment sa maman préparait le pesto. Cette dernière avait appris la recette génoise en Ligurie. Ce fut ainsi que je me retrouvai, moi aussi, à marcher avec Litill dans les carugi de la vieille Gênes.

Là où l’ombre tombe tôt, tant les venelles sont étroites. Là où les maisons se tiennent par le bras pour ne pas tomber. Maisons aux couleurs pastel, aux persiennes vertes ou grises. Maisons qui bavardent les unes avec les autres, et dont les seules pauses de silence sont données par le cortège de leurs chats. Chats noirs, blancs, roux, tachetés de couleur, qui restent là, sur le seuil de leurs portes, à attendre on ne sait trop quoi. Après une brève pause, Litill me demanda :

— Mais Giovannino Cabotage était l’ami de qui ?

— Chérie, son nom n’est pas « cabotage » (terme maritime qui désigne la seule navigation côtière) mais Caboto. Et celui-ci, pour répondre à ta question, était l’ami du roi d’Angleterre. C’est en son nom qu’il fit la découverte.

Litill ne voulut pas aller plus loin. Il n’y a ni rois ni couronnes dans son monde, car pour elle nul n’est sujet. Elle changea donc d’horizon, tout en demeurant dans le sujet.

— Mais nous, les Bretons, nous aussi nous étions ici !

— Les Bretons sont arrivés ici officiellement en 1504,
lui répondis-je.

— Ce n’est pas vrai, beaucoup sont venus ici avant ! Comme nous. Poussés par le vent. C’est Gamà qui me l’a dit !

Effectivement, les légendes ne parlent pas seulement des Vikings.

Et puis qui suis-je pour contredire Gamà ?

Litill me sourit et poursuivit son propos.

— Terre nouvelle. Une terre toute neuve, donc !… C’est une excellente occasion, tu ne trouves pas ? Parce qu’elle doit certainement être encore sous garantie ! Alors nous avons de la chance !

Je n’eus pas le cœur de briser l’enchantement de son monde.

Quand elle sera plus grande, je lui dirai que plusieurs pêcheurs français d’autrefois, lorsque les Anglais limitèrent leur pêche à quelques mois, périrent de froid et de faim dans les bois où ils s’étaient cachés pour n’avoir pas à répondre à l’appel du retour forcé en France. Et ils firent tout cela parce qu’ils aimaient trop cette « Terre-Neuve ». Voilà pourquoi, derrière Terre-Neuve, se cache bien plus qu’un simple nom géographique. Son sens profond est vaste. Assez vaste pour emplir cet océan qui nous entoure.

Après le traité d’Utrecht de 1713, la France perdit et Terre-Neuve et l’Acadie (Nouvelle-Écosse). Bien des années plus tard, entre la fin du XVIIIᵉ siècle et le XIXᵉ, certains réfugiés acadiens migrèrent vers la côte ouest de Terre-Neuve (presqu’île de Port-au-Port). Ils s’y mêlèrent aux pêcheurs français demeurés sur place, donnant naissance à la communauté franco-terre-neuvienne qui existe encore aujourd’hui, fière de défendre, dans cette part du monde, la langue française et sa culture.

Je laissai s’écouler quelques minutes de silence.

Litill m’avait saluée depuis longtemps, mais j’étais restée encore là, sur le ponton, à côté de sa petite barque, absorbée dans mon petit labyrinthe de pensées. J’avais peine à revenir de son monde.

Je réfléchissais à la géographie et à la terre à laquelle l’on donne un nom afin de pouvoir dire qu’on la connaît. L’être humain a de tout temps éprouvé le besoin de nommer toute chose. Car, en vérité, il ne craint vraiment que ce qui demeure innommé. Soudain, mes pensées furent interrompues. Un poisson sortit de l’eau (peut-être pour échapper à un poisson plus grand que lui). Ce bref instant suffît à me ramener à la réalité.

Je demeurai à observer les cercles de minuscules vagues qui s’élargirent jusque sous la barque de Litill. Celle-ci tangua, comme si elle voulait acquiescer à tout ce qui s’était dit et pensé.

Alors je décidai de rentrer chez moi. Tandis que je m’éloignais, j’entendis, par la fenêtre de la cuisine, Litill dire à sa maman :

— Aujourd’hui, nous fêtons le découvreur de Terre-Neuve ! C’était un Génois. Il s’appelait Giovannino….. —
là elle hésita un instant,… puis son monde prit le dessus, comme toujours, et elle poursuivit avec une certaine fierté :

— Oui,… il s’appelait Giovannino Cabotage ! Oui,… lui-même ! Et nous sommes sur une Terre Nouvelle. Toute neuve et sous garantie. Je me demande d’ailleurs, s’il y a quelque chose qui ne marche pas, comment on fait pour la renvoyer… Bah,… enfin ce soir, des pâtes au pesto, n’est-ce pas, maman ?

J’accélérai le pas ; j’avais soudain, moi aussi, une grande envie d’un plat de bon basilic frais. Au fond, il en faut si peu pour faire oublier l’hiver. Il suffit du parfum, dans la cuisine, d’une pincée d’herbes fraîches du jardin — ce jardin que l’on nomme aussi le jardin des simples. Les simples sont le thym, la sauge, le persil, le basilic, l’armoise…

Qui pourra donc désormais douter encore que la simplicité est le meilleur remède à tout mal ?

Alors il ne me reste plus qu’à souhaiter un bon pesto à tous ceux qui veulent fêter, à leur manière et sans date, la découverte de « Giovannino Cabotage ». C’est-à-dire celui qui ne suivit pas la route côtière, mais la haute mer et la navigation au long cours, et alla bien au-delà du sens même de son patronyme.

 

​

Quidi Vidi, le 1er avril

​

En ce jour, Litill s’en est allée en compagnie de Bouno sur le chalutier du père de Tofie. Tandis que Pâques approche à grands pas, chacun s’affaire déjà aux préparatifs de la chasse aux œufs. Le père de Tofie a confié avec fierté aux enfants que, cette année, la quête se déroulerait sur son propre navire. Il leur a glissé ce matin, un sourire aux lèvres, que le Lapin de Pâques lui aurait murmuré à l’oreille son intention de célébrer des agapes maritimes.

La mère de Litill, quant à elle, a commandé à notre maître chocolatier des œufs ornés de mille fleurs de sucre aux couleurs vives, qu’elle a mis à la disposition de Monsieur le Lapin de Pâques. Le village entier est en émoi, présageant ainsi de merveilleuses surprises pour tous. Mais le secret que les enfants ne sauraient imaginer est celui que le Lapin leur réserve : il m’a confié hier soir, à l’heure entre chien et loup, alors que je le croisais au fond de mon jardin près de la palissade, qu’il avait entrelacé les filets de pêche jusqu’à en former une nuée où seraient suspendus tous les œufs. Cette nuée sera bientôt accrochée dans la cabine du bateau ; il faudra alors que les petits lèvent les yeux vers le plafond de la rouffe pour y découvrir leur trésor.

J’imagine déjà Litill découvrant son œuf !

Le printemps est là. Et avec lui, la danse de nos regards qui scrutent le sol pour y voir naître les premières couleurs. Regards qui, juste après, s’élèvent vers l’azur, pour y découvrir qu’au-delà du ciel bleu peuvent aussi éclore — si tant est qu’un certain Lapin en ait eu l’ingénieuse idée — des nuages parsemés d’œufs en chocolat, pointant le nez dans un enchevêtrement de rayons de soleil.

Je vous souhaite à tous de joyeuses Pâques !

​

Nuages de Pâques Le Monde de Litill_edit

Quidi Vidi le 13 Mars

Le restaurant le plus renommé de Quidi Vidi est célèbre pour sa cuisine terre-neuvienne élaborée à partir de produits locaux aussi frais que ceux que la mer et la terre peuvent offrir. Le seul problème est de savoir quand il ouvre. En ce moment, ce n’est guère aisé. Il n’en demeure pas moins que, même fermé, dans le Monde de Litill et pour ses seuls amis, une porte dérobée reste toujours ouverte. Il arrive ainsi que le chef prépare quelque mets délicat pour Litill. Comme chacun sait, à Terre-Neuve, la morue est d’office le plat le plus cuisiné ; un jour, le chef demanda à Litill quel plat français elle affectionnait.
Elle répondit alors, avec son parler si particulier :

— Le Cassshoulet ! (Cassoulet, en français correct.)

Ce jour-là, le chef n’avait reçu aucun ingrédient frais de la ferme, mais il venait de préparer une belle quantité de poisson. C’est ainsi qu’il créa, sur mesure, le premier « Cassshoulet » à la morue de l’histoire. Un pur délice ! Lorsque vous avez le moral au plus bas, c’est le meilleur remède pour retrouver la bonne humeur. J’ai demandé hier à Litill quels en étaient les ingrédients.
Elle m’a répondu :

— De la morue, et puis encore beaucoup de morue, tellement de morue ! Et puis il y a aussi d’autres poissons, et des petits machins comme des haricots, qui sont bons, colorés, et aussi une sauce parfumée et des algues, puis du beurre, oui du beurre, et des herbes et du calamar, de la pomme de terre, je crois, oui, aussi. Un véritable Cassshoulet de la mer !

Et son large sourire en disait plus long que la recette elle-même.
Ce soir, Litill est allée savourer son plat de « Cassshoulet » avec toute sa famille ; ils ont été invités par le chef pour en goûter une nouvelle version.
Une invitation à dîner est un moment précieux. Comme l’a si bien écrit Brillat-Savarin dans son ouvrage Physiologie du goût :

« Convier quelqu’un, c’est se charger de son bonheur pendant tout le temps qu’il est sous notre toit. »

Pour ma part, j’en ai fait ma devise.
Voilà pourquoi je peux imaginer la joie de Litill ce soir.
Tout ceci est un heureux prélude à un beau week-end, et ce, en dépit du vent froid de folie qui souffle actuellement sur ce monde !

​

Votre Fidèle

​

Many Pops

​​

​

Aujourd’hui, je discutais avec Madame Bruitdefond de ce petit journal de bord. Parfois, quand on prend la peine d’écouter ce qu’elle raconte, exercice périlleux tant elle parle sans reprendre son souffle, on finit par recueillir de sa part de très bons conseils.

— Par les temps qui courent, le monde marche sur la tête ! m’a-t-elle confié. — Les gens n’ont plus une minute à perdre et doutent de s’en sortir indemnes. Vous voyez le petit phare de notre port ? Eh bien, aujourd’hui, chacun de nous, avec sa vie toute simple, doit devenir ce petit phare. Litill et tous les enfants du village sont l’espoir d’un monde plus beau. On a le devoir de les protéger. Pas besoin de faire de grands et longs discours. C’est justement dans le chaos qu’on a le plus besoin de revenir à l’essentiel. À ces petits riens du quotidien qui, finalement, sont les seuls à donner un sens à notre passage ici. Chacun fait sa part. Moi, je colporte mes petites histoires, on sait bien que je ne m’arrête jamais ; Bober joue son rôle de maire avec ses discours, il en faut aussi ; et même Monsieur Girolles, qui a le QI d’un champignon, réussit parfois un geste digne d’être noté dans les chroniques de notre petit port.

Elle m’a regardée comme pour vérifier si j’avais bien saisi, avant de conclure :

— À vous, maintenant, d’écrire et de dessiner tout ça.

J’en ai pris acte. Je veillerai désormais à ponctuer cette page de quelques notes imagées, en m’efforçant d’en maintenir la cadence autant que faire se pourra.

​

 

Bonne semaine à tous,

 

Many Pops

Quidi Vidi, le 9 mars

Du petit port de Quidi Vidi, ce 6 mars 2026

Aujourd’hui, un soleil radieux inonde nos côtes de lumière.
L’air est vif, affichant un timide moins cinq degrés. Litill est passée en courant devant mon jardin :

 « Je vais jouer chez Tofie et Bouno ! »  m’a-t-elle crié depuis le portillon. « C’est un jour important aujourd’hui, le papa de Tofie nous apprend à ramender les filets ! »  ajouta-t-elle dans un éclat de rire. Sur ce, elle s'en fut telle un nuage rose.

Ici, les enfants apprennent l'art des filets et de la pêche auprès de leur père ou de leur grand-père.

Comme autrefois. Là où chaque entrelacs est un récit et chaque nœud, un rêve retenu.

 

«À l'aube les poissons que les cormorans n'ont pas pris

Nagent dans les eaux peu profondes »

Yosa Buson (1716–1783)

 

Je vous souhaite une belle fin de semaine !

​

Votre

Many Pops

Quidi Vidi, le 4 mars 2026

​​

​

Aujourd’hui, si la petite Litill savait déjà écrire — mais elle est encore trop petite pour cela — elle raconterait qu’il n’y a rien d’important à noter. Il fait un petit degré au-dessus de zéro au moment où je vous écris, et un vent léger caresse les côtes comme un souvenir aquarellé.
On attend quelques flocons de neige ce soir. Mais peu importe : ce petit degré de douceur nous murmure déjà que le printemps arrive à petits pas. Dans le jardin, on entend enfin le chant des oiseaux. Et les bulbes que Litill a mis dans l’eau devant sa fenêtre sont maintenant tous fleuris.
Elle me les a montrés ce matin, avant de partir pour l’école.

— Mais les as-tu vus ? m’a-t-elle dit. Regarde comme ma fenêtre est fleurie ! Même Madame Bruitdefond et Monsieur Girolles m’ont fait des compliments !

Puis, elle s’en est allée après avoir bu l’eau fraîche d’un seau posé devant la porte de sa petite maison.

Bientôt, les beaux jours seront là. Je la reverrai ramer sur sa petite barque, dans cette anse de notre port. Et là, si je prends soin de ne pas laisser mes pieds trop s’enfoncer dans le sol de la réalité, je pourrai la voir avancer, tout enveloppée dans des bulles de petits rêves dorés.

​

À bientôt !

 

Votre

Many Pops

bottom of page